La Prière
Les Litanies : définition et litanies catholiques approuvées
Ce qu'est une litanie, les cinq litanies approuvées pour l'usage public — saints, Lorette, Saint Nom, Sacré-Cœur, saint Joseph — et comment les prier.

Une litanie est une prière de supplication faite d'une suite d'invocations brèves, chantées ou récitées par un chantre ou un prêtre, auxquelles le peuple répond par une formule invariable : priez pour nous, ayez pitié de nous, délivrez-nous, Seigneur. C'est l'une des formes de prière les plus anciennes de l'Église : le Kyrie de la messe en est le vestige, et la litanie des saints accompagne depuis les premiers siècles les moments les plus graves de la vie chrétienne. Nous donnons ici la définition, les litanies approuvées par l'Église pour l'usage public, les principales litanies d'usage privé, et la manière de les prier.
Qu'est-ce qu'une litanie ? Définition
Le mot vient du grec litaneia, supplication. Dans la langue de l'Église, la litanie désigne une prière dialoguée : une série d'invocations — titres de Dieu, de Notre-Seigneur, de la Sainte Vierge, noms des saints — que l'assemblée ponctue d'une même réponse. Cette répétition n'est pas une routine : elle est l'insistance du pauvre qui frappe à la porte, selon la parole de Notre-Seigneur : « Demandez, et l'on vous donnera ; cherchez, et vous trouverez ; frappez, et l'on vous ouvrira » (Luc 11, 9, Crampon). Par extension, le langage courant appelle « litanie » toute énumération répétitive ; le sens propre reste liturgique.
Toute litanie catholique suit la même architecture : elle s'ouvre par le Kyrie eleison et l'invocation de la Sainte Trinité, déroule ses invocations propres, et se conclut par l'Agnus Dei et une oraison. La litanie est ainsi une prière complète : louange, supplication, intercession.
Kyrie eleison : l'origine des litanies
Kyrie eleison — « Seigneur, ayez pitié » — est la plus ancienne réponse litanique de l'Église. Dans les liturgies d'Orient, le diacre énumérait les intentions et le peuple répondait par ce cri grec ; Rome l'a conservé tel quel, sans le traduire. Dom Guéranger enseigne, dans L'Année liturgique, que le Kyrie de la messe est précisément le reste d'une litanie qui se chantait à l'entrée de la célébration ; le missel de 1962 en garde neuf invocations, trois au Père, trois au Fils, trois au Saint-Esprit. Quiconque assiste à la messe tridentine prie donc, sans toujours le savoir, le commencement d'une litanie.
Les litanies approuvées pour l'usage public
L'Église a réglé sévèrement cette forme de prière. Par un décret du 6 septembre 1601, sous Clément VIII, le Saint-Office interdit de réciter publiquement d'autres litanies que celles des saints et de Lorette, afin de couper court aux compositions fantaisistes. Trois litanies furent ensuite approuvées pour l'Église universelle : le Saint Nom de Jésus (Léon XIII, 1886), le Sacré-Cœur (Léon XIII, 1899) et saint Joseph (saint Pie X, 1909). Jusqu'en 1958, ce sont donc cinq litanies que la discipline traditionnelle admet dans le culte public ; toutes les autres relèvent de la dévotion privée.
La litanie des saints
C'est la plus ancienne et la plus solennelle : l'Église y appelle à son secours toute la cour céleste — la Sainte Vierge, les anges, les patriarches, les apôtres, les martyrs, les confesseurs, les vierges — avant de supplier Dieu de nous délivrer de tout mal. Le rite l'a placée aux heures décisives : la vigile pascale, les ordinations, la consécration des églises, les Rogations (le 25 avril et les trois jours avant l'Ascension), la recommandation de l'âme des mourants. Au baptême célébré dans la nuit de Pâques, la litanie des saints est chantée sur les fonts : le nouveau chrétien entre dans l'Église porté par l'intercession de tous les saints. Elle se chante traditionnellement en latin — Sancta Maria, ora pro nobis — sur une mélodie grégorienne que le peuple chrétien connaissait par cœur, et le texte figure dans tout missel traditionnel.
Les litanies de Lorette (litanies de la Sainte Vierge Marie)
Les litanies de la Vierge Marie usitées dans toute l'Église sont dites « de Lorette », du sanctuaire italien où elles se chantaient chaque samedi ; Sixte Quint les approuva en 1587. Elles déroulent les titres de Notre-Dame — Mère du Christ, Vierge très prudente, Miroir de justice, Tour de David, Porte du ciel, Reine des anges — et le peuple répond à chacun : priez pour nous. Dom Guéranger y voit comme un résumé de toute la théologie mariale mis dans la bouche des simples. On les chante au salut du Saint-Sacrement, aux pèlerinages, et l'usage constant les fait suivre la récitation du rosaire ; au mois de mai et au mois d'octobre, elles reviennent chaque jour dans les églises.
La litanie du Saint Nom de Jésus
Attachée à la prédication de saint Bernardin de Sienne et de saint Jean de Capistran, apôtres du culte du saint Nom au XVe siècle, cette litanie invoque Notre-Seigneur sous ses titres — Jésus, Fils du Dieu vivant, Jésus, splendeur du Père, Jésus, bon Pasteur — avec la réponse : ayez pitié de nous. Léon XIII l'étendit à l'Église universelle en 1886. Elle convient particulièrement au mois de janvier, que la piété consacre au saint Nom, et à l'action de grâces après la communion.
La litanie du Sacré-Cœur de Jésus
Approuvée par Léon XIII en 1899, l'année où il consacra le genre humain au Sacré-Cœur, elle compte trente-trois invocations, en mémoire des trente-trois années de la vie terrestre de Notre-Seigneur : Cœur de Jésus, fournaise ardente de charité ; Cœur de Jésus, broyé à cause de nos péchés ; Cœur de Jésus, notre paix et notre réconciliation. Elle se récite communément au mois de juin et le premier vendredi du mois. Nous exposons cette dévotion, ses fondements et ses promesses dans notre article sur le Sacré-Cœur de Jésus.
Les litanies de saint Joseph
Saint Pie X les approuva pour toute l'Église le 18 mars 1909. Elles saluent le chef de la Sainte Famille sous ses titres : Époux de la Mère de Dieu, Gardien vigilant du Verbe, Modèle des travailleurs, Patron des mourants, Protecteur de la sainte Église. On les récite au mois de mars et le mercredi, jour consacré à ce grand saint, dont nous rappelons la vie et le patronage dans notre article sur saint Joseph.
Les litanies d'usage privé
En dehors des cinq litanies publiques, la piété a produit de nombreuses litanies que l'Église tolère ou indulgencie pour la récitation privée. Les plus répandues : la litanie du Saint-Esprit, qui demande les sept dons — ceux-là mêmes que le chrétien implore dans la prière avant un examen ; la litanie du Saint Sacrement ; la litanie de l'humilité, attribuée au cardinal Merry del Val, secrétaire d'État de saint Pie X — « De la crainte d'être humilié, délivrez-moi, Jésus » ; la litanie pour les âmes du purgatoire, qui rejoint la grande œuvre de la prière pour les défunts ; les litanies de saint Michel archange, dont nous donnons le culte dans notre article sur saint Michel ; celles de saint Benoît, de saint Antoine de Padoue, de sainte Rita, de sainte Philomène ; la dévotion plus récente a de même produit des litanies à Padre Pio, le capucin marqué des stigmates. La litanie du Précieux Sang de Jésus, d'origine ancienne dans la dévotion privée, n'a été inscrite parmi les litanies publiques qu'en 1960, après la période que couvre notre ligne éditoriale ; elle médite le Sang répandu à Gethsémani, à la flagellation, au couronnement d'épines et sur la Croix.
La règle traditionnelle demeure : ces litanies se prient au foyer, dans les confréries, dans l'oraison personnelle, mais ne s'introduisent pas dans le culte public sans approbation du Siège apostolique.
Comment prier les litanies
La litanie se prie à deux voix : un membre du foyer énonce l'invocation, les autres répondent — c'est la forme même de la prière familiale du soir, où les litanies de Lorette trouvent naturellement place après le chapelet. Seul, on dit soi-même invocation et réponse, sans hâte : chaque titre est un objet de méditation, non une syllabe à expédier. Le Catéchisme du concile de Trente enseigne que la prière vocale doit être portée par l'attention de l'esprit et l'affection du cœur ; la litanie, par sa répétition même, soutient cette attention chez les plus simples comme chez les plus savants. En latin ou en français, debout aux jours de joie, à genoux aux jours de pénitence, on l'achève toujours par l'oraison finale, qui rassemble toutes les invocations en une seule demande.
Questions Fréquentes
Qu'est-ce qu'une litanie ?
Une litanie est une prière de supplication formée d'invocations brèves auxquelles on répond par une formule fixe : priez pour nous, ayez pitié de nous, délivrez-nous, Seigneur. Le mot grec litaneia signifie supplication. Dans le langage courant, il désigne par extension toute énumération répétitive.
Combien de litanies l'Église a-t-elle approuvées ?
La discipline traditionnelle, fixée par le décret de Clément VIII en 1601 puis complétée jusqu'à saint Pie X, admet cinq litanies dans le culte public : la litanie des saints, les litanies de Lorette, la litanie du Saint Nom de Jésus (1886), la litanie du Sacré-Cœur (1899) et les litanies de saint Joseph (1909). Les autres relèvent de la dévotion privée.
Quand chante-t-on la litanie des saints ?
Aux heures les plus solennelles du rite : la vigile pascale, les ordinations, les Rogations du 25 avril et des trois jours précédant l'Ascension, la consécration des églises et la recommandation de l'âme des mourants. Au baptême célébré dans la nuit pascale, elle est chantée sur les fonts baptismaux.
Que sont les litanies de Lorette ?
Ce sont les litanies de la Sainte Vierge Marie en usage dans toute l'Église, nommées d'après le sanctuaire de Lorette où elles se chantaient, et approuvées par Sixte Quint en 1587. Elles invoquent Notre-Dame sous ses titres — Tour de David, Porte du ciel, Reine des anges — et suivent traditionnellement la récitation du rosaire.
Que signifie Kyrie eleison ?
C'est du grec : « Seigneur, ayez pitié ». C'est la plus ancienne réponse litanique de l'Église, conservée sans traduction dans la messe romaine, dont le Kyrie est le vestige d'une litanie d'entrée : trois invocations au Père, trois au Fils, trois au Saint-Esprit.
Qu'est-ce que la litanie de l'humilité ?
Une litanie d'usage privé attribuée au cardinal Merry del Val, secrétaire d'État de saint Pie X. Elle demande la délivrance du désir d'être estimé et de la crainte d'être humilié, et la grâce de désirer que les autres soient préférés à nous. Elle se prie seul, comme examen et supplication.
Peut-on prier les litanies en latin ?
Oui, et c'est leur langue native dans le rite romain : Sancta Maria, ora pro nobis ; Kyrie eleison ; Agnus Dei. Le latin n'est pas requis pour la récitation privée : l'Église indulgencie les litanies dans les traductions approuvées, et le missel traditionnel donne les deux textes en regard.
Existe-t-il une litanie pour les âmes du purgatoire ?
Oui, une litanie d'usage privé supplie Dieu pour les âmes souffrantes, en union avec le sacrifice de la messe et les indulgences que l'Église applique aux défunts. Elle prolonge le De profundis et trouve sa place au mois de novembre et à chaque visite au cimetière.
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Sources. Sainte Bible, traduction Crampon (Luc 11, 9) ; décret du Saint-Office du 6 septembre 1601 sous Clément VIII ; actes de Léon XIII (1886, 1899) et de saint Pie X (18 mars 1909) approuvant les litanies du Saint Nom, du Sacré-Cœur et de saint Joseph ; Dom Guéranger, L'Année liturgique ; Catéchisme du concile de Trente, de la prière ; Missel romain de 1962.