La Prière
Le Veni Creator : paroles en latin et en français, sens et indulgences
Le Veni Creator Spiritus, l'hymne au Saint-Esprit : le texte complet en latin et en français, son auteur Raban Maur, quand l'Église le chante et les indulgences qui y sont attachées.

Le Veni Creator Spiritus est l'hymne par lequel l'Église invoque le Saint-Esprit avant toute œuvre importante. On en donne ici le texte complet, d'abord en latin puis en français, avant toute explication, afin de pouvoir le prier aussitôt. C'est la grande prière de l'Église à la troisième Personne de la Trinité : on le chante à la Pentecôte, aux ordinations, à l'ouverture des conclaves et des synodes, au début de chaque année et devant toute entreprise où l'on a besoin de la lumière d'en haut.
Le Veni Creator : le texte latin complet
Voici l'hymne dans sa forme latine traditionnelle, telle que le bréviaire romain la chante, en sept strophes dont la dernière est la doxologie — la même louange à la Sainte Trinité que l'Église redit en trois lignes avec le Gloria Patri.
Veni, Creator Spiritus,
Mentes tuorum visita,
Imple superna gratia
Quae tu creasti pectora.Qui diceris Paraclitus,
Altissimi donum Dei,
Fons vivus, ignis, caritas,
Et spiritalis unctio.Tu septiformis munere,
Digitus paternae dexterae,
Tu rite promissum Patris,
Sermone ditans guttura.Accende lumen sensibus,
Infunde amorem cordibus,
Infirma nostri corporis
Virtute firmans perpeti.Hostem repellas longius,
Pacemque dones protinus:
Ductore sic te praevio
Vitemus omne noxium.Per te sciamus da Patrem,
Noscamus atque Filium,
Teque utriusque Spiritum
Credamus omni tempore.Deo Patri sit gloria,
Et Filio, qui a mortuis
Surrexit, ac Paraclito,
In saeculorum saecula. Amen.
Le Veni Creator en français
En voici la traduction française, strophe par strophe, fidèle au sens du latin.
Venez, Esprit Créateur,
visitez les âmes de vos fidèles ;
emplissez de la grâce d'en haut
les cœurs que vous avez créés.Vous que l'on nomme le Consolateur,
le don du Dieu très-haut,
source vive, feu, charité
et spirituelle onction.Vous qui êtes le don aux sept dons,
le doigt de la droite du Père,
vous, la promesse solennelle du Père,
qui enrichissez nos lèvres de la parole.Allumez la lumière en nos sens,
répandez l'amour en nos cœurs ;
et la faiblesse de notre corps,
affermissez-la par votre force qui ne défaut pas.Repoussez au loin l'ennemi
et donnez-nous sans retard la paix ;
que sous votre conduite qui nous précède,
nous évitions tout ce qui nuit.Par vous, faites-nous connaître le Père,
et connaître aussi le Fils ;
et vous, l'Esprit de l'un et de l'autre,
que nous croyions en vous en tout temps.Gloire à Dieu le Père,
et au Fils ressuscité des morts,
et au Consolateur,
dans les siècles des siècles. Amen.
Le versicule et l'oraison qui suivent l'hymne
Quand l'hymne est chantée pour appeler l'Esprit sur une œuvre, on y joint le versicule et l'oraison propres.
V. Envoyez votre Esprit, et tout sera créé,
R. et vous renouvellerez la face de la terre.Prions. Ô Dieu, qui avez instruit les cœurs de vos fidèles par la lumière du Saint-Esprit, donnez-nous, par ce même Esprit, de goûter le bien et la droiture, et de jouir toujours de ses consolations. Par le Christ Notre-Seigneur. Amen.
Le versicule est tiré du psaume 103, que la tradition rapporte à l'action créatrice de l'Esprit sur toute chose.
L'auteur du Veni Creator : Raban Maur
L'hymne est attribuée par la tradition à Raban Maur, moine bénédictin, abbé de Fulda puis archevêque de Mayence, mort en 856. Elle appartient donc au IXe siècle, et l'Église la chante sans interruption depuis lors. Sa densité doctrinale est celle d'un traité en raccourci : chaque strophe nomme une œuvre de l'Esprit, depuis la visite des âmes jusqu'à la confession de la Sainte Trinité. C'est le versant "traditionnel" du Veni Creator que cherchent ceux qui veulent le texte reçu, et non une paraphrase moderne : celui-ci est bien l'hymne latine de Raban Maur.
Quand l'Église chante le Veni Creator
L'usage de l'Église a fixé le Veni Creator à tous les commencements graves, là où l'homme a besoin que Dieu lui-même agisse.
À la Pentecôte, il ouvre les Vêpres et revient tout au long de l'octave : c'est le jour où l'Esprit descendit sur les Apôtres, et l'hymne en est comme le cantique propre (voir la Pentecôte). On le chante aux ordinations et à la consécration des évêques, quand l'Esprit est donné pour le ministère ; à la confirmation solennelle, sacrement de l'Esprit Saint (voir la confirmation) ; à l'ouverture des conclaves, des conciles et des synodes, pour que les pasteurs jugent dans sa lumière ; à la dédicace des églises, à la profession religieuse, au couronnement des rois.
Il ouvre aussi le premier jour de l'année, pour placer les douze mois sous la conduite de l'Esprit, et il se dit avant toute entreprise importante : un examen, un travail, une décision où l'on veut la sagesse d'en haut. La coutume est ancienne d'invoquer l'Esprit avant d'étudier ou d'écrire, afin que l'intelligence ne s'appuie pas sur elle seule.
Le sens de l'hymne au Saint-Esprit
Le Veni Creator est une prière de demande adressée à l'Esprit Saint sous les titres que lui donne l'Écriture. Il l'appelle Créateur, car il est ce même Esprit qui, au commencement, était porté sur les eaux (Genèse 1, 2), et par qui les âmes sont recréées dans la grâce. Il l'appelle Paraclet, c'est-à-dire Consolateur et Défenseur, du nom que le Seigneur lui donne dans l'Évangile de saint Jean.
La troisième strophe le nomme septiforme : c'est l'Esprit aux sept dons, que la tradition lit dans Isaïe (11, 2) — sagesse, intelligence, conseil, force, science, piété et crainte de Dieu. Il est le "doigt de la droite du Père", expression que la liturgie reprend du Seigneur lui-même : "c'est par le doigt de Dieu que je chasse les démons" (Luc 11, 20). L'hymne demande alors ce que seul l'Esprit peut donner : la lumière pour l'intelligence, l'amour pour le cœur, la force pour la faiblesse du corps, la paix contre l'ennemi. Et elle s'achève par la fin de toute prière chrétienne : connaître le Père et le Fils, et croire en l'Esprit qui procède de l'un et de l'autre — la foi en la Sainte Trinité (voir la Sainte Trinité). L'Esprit n'est pas invoqué pour lui-même, mais pour qu'il nous mène au Père par le Fils.
Les indulgences attachées au Veni Creator
L'Église a de longue date enrichi cette hymne d'indulgences, tant elle veut voir ses fidèles invoquer l'Esprit. Selon la Raccolta — le recueil officiel des indulgences en vigueur avant 1958 —, la récitation pieuse du Veni Creator vaut une indulgence partielle en tout temps. Elle vaut une indulgence plénière, aux conditions ordinaires, lorsqu'on le récite avec le versicule et l'oraison le premier jour de l'année et à la fête de la Pentecôte.
Les conditions ordinaires d'une indulgence plénière sont la confession, la communion et la prière aux intentions du Souverain Pontife (voir les indulgences pour la doctrine complète, et la confession). L'indulgence n'est pas une magie : elle est la remise, par le trésor de l'Église, de la peine temporelle due au péché déjà pardonné. Prier le Veni Creator au seuil d'une année ou d'une œuvre, c'est à la fois appeler l'Esprit et s'unir à toute l'Église qui prie.
Veni Creator et action de grâce
L'hymne au Saint-Esprit ouvre l'action ; l'hymne d'action de grâce la ferme. Aux mêmes grands moments où l'on chante le Veni Creator pour commencer, l'Église chante souvent le Te Deum pour rendre grâce à la fin — au dernier jour de l'année, après une élection, au terme d'une œuvre accomplie. L'un demande, l'autre remercie ; les deux encadrent la vie chrétienne de l'invocation de Dieu.
Questions Fréquentes
Quelles sont les paroles du Veni Creator en français ?
Le texte français complet, strophe par strophe, est donné plus haut : "Venez, Esprit Créateur, visitez les âmes de vos fidèles…". Il comprend six strophes et une doxologie finale à la Sainte Trinité. C'est une traduction fidèle de l'hymne latine de Raban Maur.
Qui a écrit le Veni Creator ?
La tradition l'attribue à Raban Maur, moine bénédictin, abbé de Fulda puis archevêque de Mayence, mort en 856. L'hymne date donc du IXe siècle et l'Église la chante depuis plus de mille ans.
Quand chante-t-on le Veni Creator ?
À tous les grands commencements : à la Pentecôte et durant son octave, aux ordinations et confirmations, à l'ouverture des conclaves, conciles et synodes, au premier jour de l'année, et avant toute entreprise importante où l'on demande la lumière de l'Esprit Saint.
Quelle est la différence entre le Veni Creator et le Veni Sancte Spiritus ?
Ce sont deux prières distinctes au Saint-Esprit. Le Veni Creator est une hymne du IXe siècle, chantée aux commencements. Le Veni Sancte Spiritus est la séquence propre de la messe de la Pentecôte ("Viens, Esprit Saint, et envoie du haut du ciel un rayon de ta lumière"), plus ancienne dans l'usage de la messe. On les confond parfois parce que tous deux invoquent l'Esprit.
Le Veni Creator est-il indulgencié ?
Oui. Selon la Raccolta, sa récitation pieuse vaut une indulgence partielle en tout temps, et une indulgence plénière, aux conditions ordinaires, quand on le récite avec le versicule et l'oraison le premier jour de l'année et à la Pentecôte.
Pourquoi appelle-t-on l'Esprit "Créateur" dans cette hymne ?
Parce qu'il est le même Esprit de Dieu qui planait sur les eaux au commencement (Genèse 1, 2) et par qui toute chose fut créée, et parce qu'il recrée les âmes dans la grâce. L'hymne demande précisément cette œuvre : que celui qui a créé nos cœurs les emplisse de sa grâce.
L'application Iter Fidei donne le Veni Creator et les hymnes de l'Église en latin et en français, avec l'audio, le psautier et le calendrier de 1962. Téléchargez-la ici.
Sources. Hymne Veni Creator Spiritus, attribuée à Raban Maur (IXe s.), Bréviaire romain ; Bible Crampon (Genèse 1, 2 ; Isaïe 11, 2 ; Luc 11, 20 ; psaume 103) ; Raccolta (recueil des indulgences, éd. pré-1958) pour les indulgences attachées à l'hymne.