Les Psaumes
Psaume 91 : la prière de protection (Psaume 90 de la Vulgate)
Le psaume 91 que vous cherchez est le psaume 90 de la Vulgate — le Qui habitat, la grande prière de protection de l'Église, chantée à Complies. Texte complet en français (Fillion) et en latin, sens traditionnel et manière de le prier.

Le psaume 91 est la prière de protection la plus forte de la Sainte Écriture : celui qui le récite se place sous l'abri du Très-Haut, à l'ombre de ses ailes, gardé par les anges contre les périls du jour et de la nuit. Nous en donnons ici le texte complet en français, dans la traduction de l'abbé Fillion (1895), sur la Vulgate, puis le latin de la Vulgate, avec le sens que la Tradition lui a toujours reconnu. Un point de numérotation demande d'abord d'être éclairci.
Psaume 91 ou psaume 90 ? La double numérotation
Le psaume que l'on cherche en tapant « psaume 91 » porte, dans la numérotation traditionnelle de l'Église — celle de la Vulgate latine de saint Jérôme —, le numéro 90. Ce n'est ni une erreur ni une contradiction : il existe deux manières de compter les psaumes.
La numérotation de la Vulgate (et de la Septante grecque) est celle que l'Église a suivie pendant plus de quinze siècles dans sa liturgie, son bréviaire et les commentaires des Pères : ce psaume y est le 90, qui commence en latin par Qui habitat in adiutorio Altissimi. La numérotation hébraïque, suivie par la plupart des bibles modernes, le compte comme 91. La différence tient à la façon de grouper deux psaumes au début du Psautier.
Donc : psaume 91 (numérotation hébraïque) = psaume 90 (numérotation de la Vulgate). C'est le même psaume, le même Qui habitat. La traduction de l'abbé Fillion (1895), que nous suivons, donne la numérotation hébraïque en tête et rejoint ainsi le chiffre que vous cherchez.
Le texte complet du psaume 91 en français
Voici le psaume entier dans la traduction de l'abbé Fillion (1895), établie sur la Vulgate.
Psaume 91 (Vulgate : 90)
Cantique de louange de David. Celui qui habite sous l'assistance du Très-Haut demeurera sous la protection du Dieu du Ciel.
Il dira au Seigneur : Vous êtes mon défenseur et mon refuge. Il est mon Dieu ; j'espérerai en Lui.
Car c'est Lui qui m'a délivré du piège du chasseur, et de la parole âpre et piquante.
Il te mettra à l'ombre sous Ses épaules, et sous Ses ailes tu seras plein d'espoir.
Sa vérité t'environnera comme un bouclier ; tu ne craindras pas les frayeurs de la nuit,
ni la flèche qui vole pendant le jour, ni les maux qui s'avancent dans les ténèbres, ni les attaques du démon de midi.
Mille tomberont à ton côté, et dix mille à ta droite ; mais la mort n'approchera pas de toi.
Et même tu contempleras de tes yeux, et tu verras le châtiment des pécheurs.
Car tu as dit : Vous êtes, Seigneur, mon espérance. Tu as fait du Très-Haut ton refuge.
Le mal ne viendra pas jusqu'à toi, et les fléaux ne s'approcheront pas de ta tente.
Car Il a commandé pour toi à Ses Anges de te garder dans toutes tes voies.
Ils te porteront dans leurs mains, de peur que tu heurtes le pied contre la pierre.
Tu marcheras sur l'aspic et sur le basilic, et tu fouleras aux pieds le lion et le dragon.
Parce qu'il a espéré en Moi, Je le délivrerai ; Je le protégerai, parce qu'il a connu Mon Nom.
Il criera vers Moi, et Je l'exaucerai ; Je suis avec lui dans la tribulation ; Je le sauverai et Je le glorifierai.
Je le comblerai de jours, et Je lui ferai voir Mon salut.
Le Qui habitat en latin
Et le même psaume dans la Vulgate Clémentine, tel que l'Église le chante :
Psalmus 90
Qui habitat in adiutório Altíssimi, in protectióne Dei cæli commorábitur.
Dicet Dómino : Suscéptor meus es tu, et refúgium meum : Deus meus, sperábo in eum.
Quóniam ipse liberávit me de láqueo venántium, et a verbo áspero.
Scápulis suis obumbrábit tibi : et sub pennis eius sperábis.
Scuto circúmdabit te véritas eius : non timébis a timóre noctúrno,
a sagítta volánte in die, a negótio perambulánte in ténebris : ab incúrsu, et dæmónio meridiáno.
Cadent a látere tuo mille, et decem míllia a dextris tuis : ad te autem non appropinquábit.
Verúmtamen óculis tuis considerábis : et retributiónem peccatórum vidébis.
Quóniam tu es, Dómine, spes mea : Altíssimum posuísti refúgium tuum.
Non accédet ad te malum : et flagéllum non appropinquábit tabernáculo tuo.
Quóniam Angelis suis mandávit de te : ut custódiant te in ómnibus viis tuis.
In mánibus portábunt te : ne forte offéndas ad lápidem pedem tuum.
Super áspidem et basilíscum ambulábis : et conculcábis leónem et dracónem.
Quóniam in me sperávit, liberábo eum : prótegam eum, quóniam cognóvit nomen meum.
Clamábit ad me, et ego exáudiam eum : cum ipso sum in tribulatióne : erípiam eum, et glorificábo eum.
Longitúdine diérum replébo eum : et osténdam illi salutáre meum.
Le psaume 91, prière de protection contre le mal
Peu de psaumes respirent une telle confiance. Du premier au dernier verset court une seule promesse : celui qui se réfugie en Dieu est gardé. Les images sont fortes et concrètes — l'ombre du Très-Haut, les ailes qui couvrent, le bouclier de la fidélité divine. Le fidèle est environné de périls (la flèche qui vole de jour, les terreurs de la nuit, le fléau, le « démon de midi » de la Vulgate), et contre tous la réponse est unique : « puisqu'il s'est attaché à moi, je le délivrerai ». Au fidèle gardé, le psaume promet même de « voir la rétribution des méchants » : c'est l'assurance que déploie le cantique du sabbat, où les impies fleurissent comme l'herbe pour être aussitôt exterminés, tandis que le juste « croît comme le palmier ».
C'est pourquoi la tradition chrétienne a toujours vu dans ce psaume la grande prière de protection — non une formule magique, mais un acte de foi. Il se tient parmi les plus célèbres chants de confiance du Psautier, aux côtés du psaume 23, « le Seigneur est mon pasteur », et du psaume 121, le psaume du gardien qui ne dort pas. Les Pères ont lu dans le « démon de midi » et dans l'aspic et le basilic que foule le fidèle les tentations et les assauts de l'ennemi des âmes ; marcher sur le lion et le dragon, c'est, dans leur lecture, la victoire du Christ sur Satan — et la nôtre en Lui.
Psaume 91, 11 : « Il ordonnera à ses anges de te garder »
Le verset 11 est le plus cherché et le plus cité du psaume : « Car il ordonnera à ses anges de te garder dans toutes tes voies. Ils te porteront sur leurs mains, de peur que ton pied ne heurte contre la pierre » (Ps 91, 11-12, Fillion). C'est l'un des fondements scripturaires de la doctrine de l'ange gardien : Dieu confie réellement chaque âme à la garde d'un ange. Le Catéchisme de saint Pie X enseigne que Dieu, par sa Providence, conserve et gouverne toutes choses, et que nous devons honorer notre ange gardien, suivre ses inspirations et invoquer son secours.
Notre-Seigneur lui-même a rencontré ce verset de près : c'est avec les versets 11 et 12 que le démon l'a tenté au désert, l'invitant à se jeter du pinacle du Temple (Matthieu 4, 6). Le Christ n'a pas nié la promesse ; il a refusé de la mettre à l'épreuve : « Tu ne tenteras point le Seigneur, ton Dieu. » Le psaume est vrai ; il n'est pas une licence pour provoquer Dieu.
La prière du soir de l'Église : le psaume 91 à Complies
Il existe un lieu où l'Église fait de ce psaume sa prière du soir : l'office de Complies, la dernière Heure de l'Office divin, récitée avant le repos de la nuit. Pendant des siècles, le Qui habitat fut chanté à Complies chaque soir ; dans le bréviaire romain de 1962, il demeure au cœur des Complies du dimanche. La raison est limpide : à la tombée de la nuit, le chrétien se remet à Dieu pour traverser les ténèbres — « tu ne craindras ni les terreurs de la nuit, ni la flèche qui vole pendant le jour ». L'Église se couvre de ce psaume comme d'un manteau avant de s'endormir ; il est le modèle achevé de la prière du soir. La veille au soir, à ce même office de Complies, l'Église chante le psaume 103, l'action de grâces « Bénis le Seigneur, ô mon âme » qui bénit le Dieu de miséricorde avant le repos du samedi.
La liturgie traditionnelle lui donne encore une place éminente au Carême : au premier dimanche de Carême, dans le missel de 1962, tous les chants propres de la Messe — introït, graduel, trait, communion — sont tirés du psaume 90. Dom Guéranger, dans L'Année liturgique, montre l'Église plaçant ce jour-là le fidèle tenté sous les ailes de Dieu, en écho à l'Évangile de la tentation au désert.
Fillion, Louis Segond ou Bible de Jérusalem : quelle traduction du psaume 91 ?
Beaucoup cherchent le « psaume 91 Louis Segond » : la Segond est une traduction protestante du XIXe siècle, sans les livres deutérocanoniques et sans l'approbation de l'Église. D'autres versions circulent (Bible de Jérusalem, traduction liturgique de l'AELF). Pour le fidèle catholique attaché à la Tradition, la référence française est la traduction de l'abbé Fillion (1895), établie sur la Vulgate avec approbation ecclésiastique — c'est elle que nous citons ci-dessus —, et, pour la prière liturgique, le latin de la Vulgate. Le texte complet donné plus haut est donc le psaume 91 de la sainte Bible catholique en français.
Comment et quand prier le psaume 91
Ce psaume convient à tous les moments, mais la tradition en indique quelques-uns particulièrement :
- Le soir, avant de dormir. C'est son usage liturgique propre. Le réciter comme l'Église le fait à Complies, en remettant la nuit à la garde de Dieu et de ses anges.
- Au temps de la peur, du danger ou de la tentation. Maladie, menace, angoisse de l'âme : c'est le psaume de la confiance. On ne le récite pas pour « éloigner des énergies », mais pour s'abandonner à Celui qui protège réellement.
- Pour la protection de ceux qu'on aime. Beaucoup le récitent pour leurs enfants, leurs malades, ceux qui voyagent, en les confiant aux anges gardiens qui « te porteront sur leurs mains ».
- En latin, au moins la première strophe. Retenir le Qui habitat in adiutorio Altissimi, c'est s'unir à la voix de l'Église de tous les siècles.
On le récite lentement, en laissant chaque image se poser, et on le conclut, comme l'Église, par le Gloria Patri. Il trouve sa place naturelle dans un usage régulier du Psautier entier — voir notre guide des psaumes. La force du psaume n'est pas dans les mots, mais dans Celui à qui ils s'adressent.
Questions Fréquentes
Pourquoi le psaume 91 est-il aussi appelé psaume 90 ?
À cause des deux numérotations. La Vulgate latine et la Septante grecque, suivies par l'Église pendant plus de quinze siècles, le comptent comme psaume 90 ; la numérotation hébraïque, suivie par les bibles modernes, le compte comme 91. C'est le même psaume, le Qui habitat.
Qui a écrit le psaume 91 ?
Le texte hébreu ne porte pas de titre ; la Septante et la Vulgate lui donnent l'inscription Laus cantici David, « louange de cantique de David ». La lecture traditionnelle l'attribue donc à David. Comme pour tout le Psautier, l'auteur humain est l'instrument du véritable auteur, l'Esprit-Saint.
Que signifie le verset 11 du psaume 91 ?
« Il ordonnera à ses anges de te garder dans toutes tes voies » (Ps 91, 11, Fillion) enseigne que Dieu confie chaque fidèle à la garde de ses anges. C'est ce verset que le démon a cité pour tenter Notre-Seigneur au désert (Matthieu 4, 6), et que le Christ a remis à sa juste place : la confiance, non la provocation.
Le psaume 91 est-il une prière du soir ou du matin ?
Son usage liturgique propre est le soir : l'Église le chante à Complies, avant le repos de la nuit. Rien n'empêche de le réciter aussi le matin, en plaçant la journée sous la protection de Dieu ; mais sa place traditionnelle est la dernière prière du jour.
Que signifie « le démon de midi » ?
C'est une image de la Vulgate (dæmonium meridianum), là où d'autres traductions françaises rendent « la contagion qui ravage en plein midi ». Les Pères y ont vu les attaques les plus subtiles de l'ennemi : la tentation et l'acédie qui assaillent l'âme en plein jour, et contre lesquelles le psaume promet la garde de Dieu.
Peut-on prier le psaume 91 avec le psaume 23 ?
Oui. Les deux sont des psaumes de confiance et se complètent : le psaume 23 chante Dieu comme pasteur qui conduit, le psaume 91 Dieu comme forteresse qui protège. La tradition les associe volontiers dans la prière du soir ou au temps de l'épreuve.
Où trouver le psaume 91 en audio ou à imprimer ?
Le texte complet donné plus haut (Fillion et Vulgate) peut être copié ou imprimé librement pour la prière personnelle. Pour l'écouter et le réciter chaque jour, l'application Iter Fidei propose les psaumes avec audio, en français et en latin.
L'application Iter Fidei réunit les prières catholiques traditionnelles, les psaumes en français et en latin avec audio, et le calendrier liturgique de 1962. Télécharger ici.
Sources. Psaume 91 en français : La Sainte Bible, traduction de l'abbé Fillion (1895), sur la Vulgate (Psaume 91 [Vulg. 90], 1-16). Texte latin : Vulgate Clémentine, Psalmus 90. Usage liturgique : Breviarium Romanum (1962), Complies du dimanche ; Missale Romanum (1962), propres du premier dimanche de Carême. Dom Prosper Guéranger, L'Année liturgique, Le Carême, premier dimanche. Doctrine de la Providence et des anges gardiens : Catéchisme de saint Pie X. La tentation au désert : Évangile selon saint Matthieu 4, 6 (Fillion).