Les Fins dernières
Le Purgatoire : doctrine, prières et secours pour les âmes
Le purgatoire selon le concile de Trente : ce qu'il est, pourquoi il existe, ce que dit l'Écriture, et comment soulager les âmes du purgatoire par la Messe, les indulgences, le De profundis et la prière de sainte Gertrude.

Le purgatoire est l'état où les âmes mortes en état de grâce, mais non entièrement purifiées, achèvent d'expier leurs péchés avant d'entrer au ciel. Le concile de Trente l'a défini comme dogme de foi : « il y a un purgatoire, et les âmes qui y sont retenues sont soulagées par les suffrages des fidèles, et principalement par le sacrifice de l'autel, agréable à Dieu » (session XXV, décret sur le purgatoire). Cette page donne la doctrine, son fondement dans l'Écriture, et les moyens que l'Église met entre nos mains pour secourir les âmes du purgatoire : la Messe, les indulgences, le De profundis, la prière de sainte Gertrude.
Purgatoire : définition et doctrine catholique
La définition du purgatoire tient en peu de mots. Rien de souillé n'entre au ciel ; or beaucoup meurent dans l'amitié de Dieu sans avoir pleinement satisfait pour leurs fautes. Le Catéchisme du concile de Trente enseigne qu'il existe « le feu du purgatoire, où les âmes des justes sont purifiées par une peine temporaire, afin de pouvoir entrer dans la patrie éternelle, où rien de souillé ne pénètre » (première partie, article 5). Le même article distingue ce feu du purgatoire du séjour paisible où les justes de l'ancienne Loi attendaient le ciel, les limbes des Pères, qu'il ne faut pas confondre avec lui. Le catéchisme de saint Pie X dit de même que le purgatoire est la souffrance passagère de la privation de Dieu, jointe à d'autres peines, qui achève de purifier l'âme de ce qui lui reste à expier.
Le purgatoire n'est donc ni un second enfer, ni une seconde chance. Les âmes qui y souffrent sont sauvées, leur entrée au ciel est certaine, elles aiment Dieu et acceptent leur peine. L'âme qui meurt dans le péché mortel va en enfer pour toujours ; l'âme qui meurt dans la grâce mais avec des dettes de peine passe par le purgatoire, puis entre dans la gloire. Ce sort se fixe au jugement particulier, que chaque âme subit à l'instant même de la mort. Nous avons exposé ces deux autres états dans nos articles sur l'enfer et sur le paradis.
Le purgatoire dans la Bible
Le fondement scripturaire le plus ancien est le second livre des Machabées. Judas Machabée fait offrir un sacrifice pour les soldats tombés dans une faute, et l'Écriture conclut : « C'est donc une sainte et salutaire pensée de prier pour les morts, afin qu'ils soient délivrés de leurs péchés » (2 Machabées 12, 46, version Crampon). Prier pour les morts n'a de sens que s'il existe, après la mort, un état où la prière peut encore les aider : ni le ciel ni l'enfer ne répondent à cette condition.
Le Nouveau Testament confirme. Notre-Seigneur parle d'un péché qui ne sera remis « ni dans ce siècle, ni dans le siècle à venir » (Matthieu 12, 32) — ce qui suppose, disent les Pères, qu'une rémission est possible dans l'autre vie. Et saint Paul écrit que l'œuvre de chacun sera éprouvée par le feu : celui dont l'œuvre est consumée « sera sauvé, mais comme à travers le feu » (1 Corinthiens 3, 15). Sauvé, donc pas en enfer ; à travers le feu, donc pas encore dans le repos. La Tradition, de Tertullien à saint Augustin — qui priait pour sa mère Monique et demandait qu'on se souvienne d'elle à l'autel (Confessions, livre IX) —, a toujours lu ces textes ainsi.
Pourquoi le purgatoire existe
Le purgatoire découle de deux vérités que Dieu ne sacrifie jamais l'une à l'autre : sa miséricorde et sa justice. La confession remet la faute et la peine éternelle ; mais le concile de Trente définit qu'il reste ordinairement une peine temporelle à acquitter, en cette vie par la pénitence, ou en l'autre (session VI, canon 30). Celui qui meurt pardonné mais sans avoir satisfait n'est pas rejeté : il est purifié. C'est pourquoi la pratique régulière de la confession et de la pénitence en cette vie est le premier moyen d'abréger le purgatoire — la satisfaction faite sur terre, dans le temps de la miséricorde, vaut plus que la souffrance subie après la mort.
Mgr de Ségur, dans ses opuscules sur les fins dernières, ramène tout à cette évidence : Dieu est trop saint pour admettre en sa présence une âme encore tachée, et trop bon pour perdre une âme qui l'aime.
Comment soulager les âmes du purgatoire
Les âmes du purgatoire ne peuvent plus rien mériter pour elles-mêmes : le temps du mérite finit à la mort. Mais nous pouvons satisfaire pour elles, en vertu de la communion des saints, qui fait circuler les biens spirituels entre l'Église du ciel, l'Église souffrante et l'Église de la terre. Trente énumère les suffrages : la prière, les aumônes, les bonnes œuvres, et « principalement le sacrifice de l'autel ».
La sainte Messe et le trentain grégorien
Le premier de tous les secours est la Messe, renouvellement non sanglant du sacrifice de la Croix, offert « pour les vivants et pour les morts ». Faire célébrer des Messes pour un défunt est l'acte de charité le plus efficace qui soit ; y assister et communier à son intention vient ensuite. Nous avons exposé ce sacrifice dans notre article sur la messe tridentine.
Le trentain pour les âmes du purgatoire — dit trentain grégorien — consiste en trente Messes célébrées trente jours de suite pour un même défunt. L'usage remonte à saint Grégoire le Grand, qui rapporte dans ses Dialogues (livre IV) la délivrance du moine Justus après trente Messes offertes pour lui. L'Église a toujours approuvé cette pratique, sans en faire une garantie mécanique : la mesure de la délivrance appartient à Dieu.
Les indulgences appliquées aux défunts
L'indulgence est la rémission, puisée dans le trésor des mérites du Christ et des saints, de la peine temporelle due au péché déjà pardonné. Le concile de Trente affirme que l'usage des indulgences est « très salutaire au peuple chrétien » (session XXV, décret sur les indulgences), et l'Église les rend applicables aux défunts par mode de suffrage. Gagner une indulgence pour une âme du purgatoire — aux conditions ordinaires : confession, communion, prière aux intentions du Souverain Pontife — est un acte de charité qui ne coûte rien et peut tout donner.
Prières pour les âmes du purgatoire
La prière pour les âmes du purgatoire est à la portée de tous, chaque jour. Voici les textes que la tradition met en premier ; on en trouvera d'autres dans notre article sur la prière pour les défunts.
Le De profundis (psaume 129)
Le De profundis est le psaume 129 de la Vulgate (130 selon la numérotation hébraïque), la prière par excellence de l'Église pour ses morts :
Du fond de l'abîme je crie vers toi, Yahweh. Seigneur, écoute ma voix ; que tes oreilles soient attentives aux accents de ma supplication.
Si tu gardes le souvenir de l'iniquité, Yahweh, Seigneur, qui pourra subsister ? Mais auprès de toi est le pardon, afin qu'on te révère.
J'espère en Yahweh ; mon âme espère, et j'attends sa parole. Mon âme aspire après le Seigneur plus que les guetteurs n'aspirent après l'aurore.
Israël, mets ton espérance en Yahweh, car avec Yahweh est la miséricorde, avec lui une surabondante délivrance. C'est lui qui rachètera Israël de toutes ses iniquités. (Psaume 129, version Crampon)
On le conclut par la prière que la liturgie ajoute : « Donnez-leur, Seigneur, le repos éternel, et que la lumière sans fin luise pour elles. Qu'elles reposent en paix. Ainsi soit-il. » Cette courte formule — le Requiem aeternam — est la prière quotidienne pour les âmes du purgatoire la plus simple qui soit ; la tradition la fait dire en passant devant un cimetière, après l'Angelus, au soir.
La prière de sainte Gertrude pour les âmes du purgatoire
La tradition attribue à sainte Gertrude la Grande, moniale d'Helfta au XIIIe siècle, cette offrande du Précieux Sang :
Père éternel, je vous offre le Sang très précieux de votre divin Fils Jésus, en union avec toutes les Messes célébrées aujourd'hui dans le monde entier, pour toutes les saintes âmes du purgatoire, pour les pécheurs en tous lieux, pour les pécheurs de l'Église universelle, pour ceux de ma maison et de ma famille. Ainsi soit-il.
On répète souvent que cette prière « libère mille âmes du purgatoire » à chaque récitation. Cette promesse chiffrée ne se trouve dans aucun texte de sainte Gertrude ni dans aucun document du Magistère : nous ne la donnons pas pour authentique. La valeur de la prière n'en dépend pas ; offrir le Sang du Christ en union avec le sacrifice de l'autel est ce que l'Église elle-même fait à chaque Messe, et ce suffrage est certainement agréable à Dieu — la mesure de son fruit reste son secret.
Chapelet, neuvaine et litanies pour les âmes du purgatoire
La piété traditionnelle a organisé ce devoir en exercices réguliers. Le chapelet pour les âmes du purgatoire consiste à offrir à leur intention le rosaire ordinaire, ou à répéter sur les grains le Requiem aeternam — c'est la forme propagée par l'œuvre expiatoire de Notre-Dame de Montligeon, fondée en 1884 par l'abbé Paul Buguet pour la délivrance des âmes délaissées. La neuvaine aux âmes du purgatoire se fait communément du 24 octobre au 1er novembre, ou en toute saison : neuf jours de De profundis, de communions et d'aumônes à leur intention. Les litanies pour les âmes du purgatoire, enfin, égrènent les titres de la miséricorde divine avec le répons « délivrez-les, Seigneur ». La forme importe moins que la fidélité : ce que l'Église demande, c'est qu'on ne les oublie pas.
Novembre, mois des âmes du purgatoire
L'Église consacre aux défunts le mois de novembre. Il s'ouvre par la Toussaint, et le lendemain, 2 novembre, la Commémoraison de tous les fidèles défunts — instituée par saint Odilon dans les monastères de Cluny vers 998, puis étendue à toute l'Église. Dom Guéranger, dans L'Année liturgique, montre ce jour comme le déploiement même de la communion des saints : l'Église triomphante fêtée la veille, l'Église souffrante secourue le lendemain. Passer « un mois avec les âmes du purgatoire » — un De profundis, une Messe, une aumône chaque jour de novembre — est une pratique ancienne et recommandée ; mais les âmes souffrent toute l'année, et la charité ne connaît pas de saison.
Questions Fréquentes
Qu'est-ce que le purgatoire ?
Le purgatoire est l'état où les âmes mortes en état de grâce, mais non entièrement purifiées, achèvent d'expier la peine temporelle due à leurs péchés avant d'entrer au ciel. Son existence est un dogme de foi défini par le concile de Trente. Toutes les âmes qui s'y trouvent sont sauvées et entreront certainement au paradis.
Le purgatoire est-il dans la Bible ?
Oui, en substance. Le second livre des Machabées déclare « sainte et salutaire » la prière pour les morts, afin qu'ils soient délivrés de leurs péchés (2 Machabées 12, 46) ; Notre-Seigneur évoque une rémission possible « dans le siècle à venir » (Matthieu 12, 32) ; saint Paul parle de celui qui « sera sauvé, mais comme à travers le feu » (1 Corinthiens 3, 15). Le mot « purgatoire » ne s'y trouve pas, la réalité s'y trouve.
Y a-t-il sept niveaux dans le purgatoire ?
Non. L'Église n'a jamais défini de « niveaux » du purgatoire ; les sept gradins que gravit Dante dans la Divine Comédie, un par péché capital, sont une construction poétique, non une doctrine. Trente a même demandé d'écarter des prédications les questions subtiles sur le mode des peines. La foi tient deux choses : le purgatoire existe, et nos suffrages soulagent les âmes.
Quelle est la prière de sainte Gertrude pour les âmes du purgatoire ?
C'est l'offrande au Père éternel du Sang très précieux de Jésus, en union avec toutes les Messes célébrées dans le monde, pour les âmes du purgatoire et pour les pécheurs. Le texte complet est donné plus haut. La promesse populaire selon laquelle elle libérerait mille âmes à chaque récitation n'a aucun fondement dans les écrits de la sainte ni dans le Magistère.
Une prière peut-elle libérer mille âmes du purgatoire ?
Aucun document de l'Église ne garantit un tel chiffre, et il faut se garder de traiter la prière comme un mécanisme dont nous fixerions le rendement. Ce qui est certain, défini par Trente, c'est que les suffrages des fidèles — et principalement le sacrifice de la Messe — soulagent réellement les âmes. La mesure appartient à Dieu ; la fidélité nous appartient.
Qu'est-ce que le trentain pour les âmes du purgatoire ?
Le trentain grégorien est une série de trente Messes célébrées trente jours consécutifs pour un même défunt. L'usage remonte à saint Grégoire le Grand, qui rapporte dans ses Dialogues la délivrance du moine Justus après la trentième Messe. L'Église approuve cette pratique comme un suffrage puissant, sans en faire une garantie automatique.
Comment aider les âmes du purgatoire chaque jour ?
Par ordre d'efficacité : faire célébrer ou entendre la Messe à leur intention, gagner pour elles des indulgences, offrir communions, pénitences et aumônes, et prier — le De profundis, le Requiem aeternam, le chapelet offert pour elles. Un seul Requiem aeternam dit avec foi est déjà un suffrage réel.
Les âmes du purgatoire ne peuvent plus s'aider ; elles peuvent, dit la tradition, intercéder pour ceux qui les secourent. Prier pour elles est donc justice, charité et sagesse à la fois. Que personne ne meure de notre entourage sans Messes, et que novembre ne soit pas le seul mois où nous nous souvenons.
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Sources. Concile de Trente, session VI (canon 30), session XXV (décrets sur le purgatoire et sur les indulgences) ; Catéchisme du concile de Trente (première partie, article 5) ; Catéchisme de saint Pie X (Les Fins dernières) ; La Sainte Bible, version Crampon (2 Machabées 12, 46 ; Matthieu 12, 32 ; 1 Corinthiens 3, 15 ; Psaume 129) ; saint Grégoire le Grand, Dialogues, livre IV ; saint Augustin, Confessions, livre IX ; Dom Guéranger, L'Année liturgique (le 2 novembre) ; Mgr de Ségur, opuscules sur les fins dernières.